- Jan 16, 2026
Entrez en coulisses : 6 punchlines de mes éditrices
- Fanny GAYRAL
- Motivation, Inspiration
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Je ne sais pas vous, mais pour ma part, j'aime bien lire des choses sur les coulisses de l'écriture et de l'édition sur les réseaux sociaux.
Je me faisais cette réflexion ces temps-ci, en suivant les publications autour du nouveau roman de Mélissa Da Costa, et en lisant la newsletter de l'écrivaine Chloé Delaume (une pépite).
C'est pourquoi, cette semaine dans Le Lab, m'est venue l'envie de vous emmener un peu en backstage, en vous parlant de 6 phrases percutantes que mes éditrices m'ont dites ces dernières années, et sur lesquelles je m'appuie toujours aujourd'hui.
#1. Le talent finit toujours par émerger
En 2016, la première fois que je suis allée chez Albin Michel à Paris, mon éditrice m'a fait visiter le bureau des manuscrits.
Une pièce emplie de textes, du sol au plafond.
« On en reçoit 6000 par an, m'a-t-elle expliqué. Et on en publie entre 0 et 2. »
Puis elle a ajouté une chose que je n'ai pas oubliée :
« Mais quand un écrivain a du potentiel, il sera publié à un moment ou un autre. Le talent finit toujours par émerger. »
Cette phrase, je la garde toujours à l'esprit et je suis convaincue de sa justesse.
Parce qu'elle permet de s'extraire du côté déprimant des statistiques (comme ce chiffre de 6000 manuscrits reçus).
Pour prendre conscience que parmi tous ces livres envoyés aux éditeurs, beaucoup sont des autobiographies (elles ne sont quasiment jamais acceptées), beaucoup sont vraiment inaboutis, ont de gros défauts ou manquent de maturité narrative.
Quand on sait cultiver son talent (qui est souvent plus une affaire de travail que de don inné), le faire croître, progresser dans ses zones de faiblesse, analyser les rouages des romans captivants, alors le champ des possibles devient beaucoup plus vaste.
#2. Travaille la voix de tes personnages
Ça, c'est mon éditrice chez Eyrolles pour mon dernier roman, La journée de l'amour et de la lessive qui me l'a conseillé.
Après avoir lu la première version de mon manuscrit, elle m'a donné cette (unique !) piste de retravail : accentuer encore un peu la singularité de la voix de deux de mes personnages, le père de famille et la fille adolescente.
Pour situer le contexte, il s'agit d'un roman choral à quatre narrateurs, que l'on suit l'un après l'autre au fil des chapitres, à la première personne du singulier.
Créer un contraste entre les voix de chacun est donc primordial, ici, puisqu'on se trouve en point de vue interne multiple.
Mais même si vous écrivez un roman dans un autre point de vue, le conseil reste, à mon avis, pertinent.
Car la voix singulière du personnage, qui s'exprime dans les dialogues, dans ses pensées intérieures, dans sa manière de décrire le monde, est un outil extrêmement puissant pour le caractériser, le rendre réaliste et attachant.
Je me suis, par exemple, appuyée sur le métier du père, Lucien, électricien spécialiste en domotique : ses chapitres sont émaillés de références à sa profession.
Un exemple dans ce passage, où il pense :
« Moi ce que j'apprécie, dans la vie, c'est le contrôle. Comme en domotique. Les télécommandes, les boutons, les réactions du matériel. Le prévisible et le carré. Pas le chaos et les humeurs des autres ».
J'ai aussi beaucoup caractérisé mon personnage d'adolescente, Emma, au travers de sa passion pour les plantes et les forêts, en parsemant toutes ses pensées de termes tirés de ces champs lexicaux. Elle parle notamment des "discours urticants" ou des "monologues vénéneux" des membres de sa famille, ou encore d'un événement "aussi rare qu'un dauphin rose d'Amazonie".
#3. On n'aime pas les arcs plats
Un jour que je discutais avec la directrice éditoriale d'Eyrolles, au sujet de mon roman Psy, jeûne et randonnée, elle m'a rappelé cette idée importante : de manière générale, les éditeurs n'aiment pas les arcs trajectoriels plats pour les personnages.
Un arc trajectoriel plat, c'est un protagoniste qui ne change pas sur le plan psychologique, entre le début et la fin du roman.
Dès le départ, il est beau, elle est sublime, il est intelligent, elle est musclée, ils cuisinent les pancakes comme des Dieux, vivent en harmonie avec chacun des membres de leur famille, et les événements du récit ne les transforment pas.
Ils ne deviennent pas capables, à la fin, d'accomplir quelque chose qu'ils n'auraient pas pu faire au début.
Alors certes, certains romans relèvent ce challenge, notamment lorsqu'ils mettent en scène un superhéros ou une superhéroïne, ou encore lorsqu'il s'agit d'un thriller haletant ou d'une romance bien ficelée (je pense à Paris Hollywood de Cécile Mury, une romance pétillante et vraiment réussie, pourtant portée par une héroïne à l'arc est plutôt plat).
Mais dans la majorité des cas, un arc plat donnera une impression de superficialité.
Un livre vite lu, vite oublié.
Qui ne laissera pas d'empreinte émotionnelle au lectorat.
#4. Quand une ligne d'intrigue est ratée, on efface tout et on recommence
Pour beaucoup d'auteurs et d'autrices, élaguer un manuscrit n'est pas tâche aisée.
Rajouter des mots, des phrases, comme de la bourre dans un oreiller, nous savons en général bien faire.
Mais retirer des passages, jeter des paragraphes à la poubelle, transformer drastiquement une ligne d'intrigue, c'est souvent plus difficile.
(C'est un peu comme si nous arrachions un morceau de nous-mêmes, non ? 😅)
Dans la première version de Psy, jeûne et randonnée, la petite ligne de romance (une intrigue secondaire) n'était pas du tout celle qui figure dans la mouture finale – que l'on ne peut plus vraiment qualifier de romance, d'ailleurs.
Pourquoi ?
Parce que mon éditrice m'a dit, après avoir lu mon premier jet, que la forme initiale ne fonctionnait pas.
La mayonnaise ne prenait pas.
J'ai donc revu ma copie et tout changé à cet endroit-là.
Avec l'expérience, je trouve qu'apprendre à élaguer, à transformer, à ne pas trop s'accrocher aux premiers essais est une vertu précieuse, parce qu'elle permet de muscler sa créativité, et de ne pas toujours suivre les premières pistes qui surgissent.
#5. Quand tu auras plus d'expérience et de succès, tu seras plus libre
Cette phrase, on me l'a dite chez Albin Michel, durant le travail sur le manuscrit du Début des haricots, qui fut mon premier roman publié.
Cela concernait un détail : l'ajout de points-virgules à certaines de mes phrases (je déteste les points-virgules, de manière générale, et je n'en mets jamais).
Mon éditrice m'a conseillé de ne pas pinailler sur ces petits ajouts de la correctrice, en me disant que plus tard, quand je serais une autrice « installée », j'aurais plus de marge de négociation.
C'est une chose qui a plutôt eu tendance à se vérifier pour moi, avec le temps.
Quand on a déjà publié plusieurs romans, qu'on a montré aux éditeurs sa capacité à aller au bout d'un manuscrit et son envie de tracer un parcours littéraire sur le long terme, on a plus de poids dans la balance pour négocier certains ajustements dans un manuscrit, refuser des propositions de modifications qui ne nous satisfont pas pleinement.
C'est une phrase que je trouve rassurante pour toutes les personnes qui publient leur premier livre, et qui hésitent à lâcher-prise sur certains points.
Parfois, c'est un mal nécessaire (sans sacrifier l'essentiel, évidemment), pour poser la première pierre d'un chemin éditorial.
#6. Les métaphores, ok, mais elles doivent être réussies
Je me souviens très bien de cette phrase que m'a dite mon éditrice chez J'ai Lu, lors du travail éditorial sur mon roman Plus que toute autre chose.
Elle avait souligné dans mon manuscrit une métaphore plus floue qu'une vision de taupe et aussi peu claire qu'une nuit sans lune au fin fond de la campagne.
Elle m'a dit : « tu sais, j'adore la plupart de tes métaphores, mais il faut faire le tri. Une métaphore, ok, mais seulement si elle est claire, précise, évidente et utile ».
Depuis, je garde ce principe à l'esprit.
Avec l'idée qu'une métaphore n'a d'intérêt que si elle est puissante.
Si elle véhicule une image claire, que l'on n'a pas besoin d'un délai de compréhension.
Dans le cas contraire, j'en reviens au point 4 : on élague !
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